Mon chat
ce matin tu as ramené un oiseau dans ta maison
il gisait
les yeux clos
raidi dans l’état incomplet de son dernier mouvement
serait-il possible que toi aussi oiseau
tu sois soumis à l’ordre imprévisible du chaos ?
qu’on puisse te ravir au ciel, à l’arbre, aux airs, aux rayons du soleil ?
à ton unique demeure ?
que tu aies toi aussi été surpris par la patience infatigable de ma bête ?
n’as-tu pas entendu mon perfide animal ?
aurais-tu l’ouïe moins fine parce que tu serais vieux ?
je n’aurais jamais imaginé qu’un oiseau puisse vieillir
Oiseau
serais-tu donc le seul
à te tenir là
devant ce champ de blé
chantant insouciant pour t’amuser à la tombée du jour
sourd à tous les tristes tours
et
qu’entre chien et loup
toi mon chat mon animal aimé mon drôle de tigre
tu aies tiré profit de ce moment précis
dans l’angle exact où tout s’oublie et devient vulnérable
et que
malgré les ailes
malgré le savoir des voltiges
malgré le bec armé
malgré la légèreté
tu aies saisi l’oiseau
tu aies frappé son coeur
tu aies bondi sur lui
tigre
et que, comme moi,
l’oiseau ait succombé à ses assauts ?
