Petits grillons
tels des étoiles sonores
vous bercez l’horizon
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Petits grillons
tels des étoiles sonores
vous bercez l’horizon
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Parfois, j’aimerais me fondre dans le geste tendre d’un petit singe qui penche sa tête vers un coussin de feuilles tressées pour se blottir avant de s’endormir, seul et sans crainte
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Est ce que nous sommes des ombres
et notre corps là
semblant ne rien attendre
la marque du réel ?
on se tient à nos mains
on se retient au rien
quand l’évidence implose
on parle
avec un petit souffle au coeur sur la langue
ça dérape
les mots mouillés se fondent
dans la respiration hachée
comme un hoquet
une contraction prématurée
devant la vérité
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C’est un brusque moment au plus clair de la nuit
un passage
coincé entre insomnie et manie
le silence est si pur
le silence est
si pur que j’entends les morts danser sur leurs tombes
même les insectes ont cessé leur tapage
le silence est si pur
ça veut dire
j’entends la variation des atomes – la vibration des creux
c’est peut-être le bruit de l’air qui passe par mon oreille
que j’entends – le silence n’est que sa résonance
c’est peut-être le vide qui se prend pour du plein
juste un instant pour voir ce que ça fait de vivre
en sens inverse
dans ce trou noir géant saisi en plein éveil
mes rêves attendent
ma tête déborde des orbites
elle cherche l’autre sommeil
celui qui dort sans moi
pour traverser l’absence
je tends et tords mon corps
je l’aide
je l’aide à cisailler l’enclume
car
je veille
pour ne pas que tu tombes à nouveau dans le pli d’une pensée
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mes mots comme des vagues allant et revenant
imprimés sur du papier inflammable
saisis de l’encre noire de mon silence
le feu pouvant encore anéantir
ne plus trouver aucune trace de soi dans le monde ailleurs que chez celle qui nous cherche
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Tout ce qui se dit ne peut l’être par soi que pour la première fois
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Ce qui s’éteint, mon ami, c’est une parole vide qui gît dans l’enclos sombre de ma lettre
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Mon poème est un petit bout de vie qui s’écoule de moi
c’est un moi-tombe
il tête à ma poitrine
c’est un enfant
un enfant-pour-de-faux
quand je sors dans la rue
il bondit de mon ventre
il se donne à tout
mon poème
il aime
il aime celleux qui l’aiment
demain
j’irai dans la cité
j’offrirai mon poème aux premiers nés
à leurs yeux neufs
je cueillerai le monde
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Ce soir dans le déclin du jour nue les cheveux ébouriffés le corps dégrossi recouvert de peau rouge taillé en milliers de morceaux que mon désir retient
je sortirai
je sortirai
nue intranquille défardée le coeur tambour engorgée d’une peine non encore filtrée en marchant je la jetterai sur le chemin à côté des morsures sur la rosée des fleurs elle roulera dans le fossé
je traverserai la ville gaie anonyme on dira que je suis folle on dira que je suis hystérique on dira que je ne vais pas bien ou quoi comme ça à passer sans m’arrêter devant les yeux des vitrines où tout est possible accessible fin de séries de séries toujours plus monotones
d’où l’unique manque
sur mon chemin, je parlerai à des groupes d’hommes et de femmes, ils ne seront pas nus car il ne leur manquera rien certains m’écouteront quelques unes non pas toujours quelques uns pourront me répondre on me regardera avancer diminuer sur le pont disparaître
encore disparaître
et en courant
j’irai
oui
j’irai
j’irai dans un champ et je crierai je crierai sans discontinuer je crierai sans pleurer je crierai je crierai sans que mon cri ne cesse
il ne m’effraiera plus
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En partant, le soleil poudre d’or la chevelure des arbres. Partout des incendies grandissent. A l’arrière des humbles faiseurs d’ombre, une longue ligne noire, coupée seulement par endroits, se dessine. Elle traverse le plafond de l’œil dans un silence inouï. Je reconnais les seigneurs du ciel, ils s’éloignent, en volutes. Ils clignotent, alignés, tracent une phrase en mouvement qui, se désarticulant sans cesse, devient indéchiffrable.
Plus haut, un astre doré court dans le bleu, il glisse dans les ourlets du vent. C’est le départ du jour que signale à grands cris le peuple des oiseaux. Leur bourdonnement sonore achève tout ennui possible. J’attends. Je nidifie moi aussi un lieu pour féconder ma nuit.
Mes yeux plissés se penchent vers une masse blonde, devenue presque indiscernable. A côté, une vieille personne dort sous le feuillage humide que la rivière abreuve. Dans quelques heures, elle tombera au sol, pétale de chair, elle ira, égrenant ses mystères jusqu’au fond de la terre. Un peu d’elle continue l’infini.
Demain, j’irai chanter sur sa dépouille.
En contrebas, j’aperçois, comme une natte brune, le chemin accouché d’une colline. Je le prends aussitôt sans savoir où il mène, les pieds bien à plat sur ses courbes douces, un bâton de bois sec à la main, à la fois pour chasser les vipères et débusquer les trèfles à quatre feuille. Je me fabrique une luge avec un tronc séché, je glisse sur la neige verte qui me soulève.
Le paysage passe devant moi, me continue.
De l’autre côté des buissons, là où mon regard s’éteint, je sais que la ville aboie et que, dans leurs grands manteaux, mes semblables se meuvent hâtivement, se rendent quelque part. Il est encore temps de ralentir. A petits pas, je retourne sur le bord des fourrés, je renifle l’humus, je recueille des brindilles, je fouille dans les broussailles, de quoi nourrir encore un peu mon âme.
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Tu allais
vers l’horizon fragile
sur ta barque légère
Je te revois encore
rivé à l’impossible
rejoindre cet ailleurs
ce tissu d’âpres songes
cet alphabet compact
qui jamais ne te nomme
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Je me loge un instant dans le cri des anciens
je chemine
avec eux
j’inscris ma parole dans leurs pas
j’apprends à dire
sans eux
qu’ils rêvaient d’être libres
Certains mots se sont déchirés
ils ont glissé dans les crevasses du temps
géométriquement
ils ne veulent plus rien dire
ils se taisent
lassés
par la morne répétition du courant
La nuit venue
ils se balancent au bout de mon coeur
soliloquent marmonnent se languissent
sur un air entêtant mélangé au lointain
Je me sens parfois comme un drôle d’oisillon
bec ouvert à attendre tremblante
jusqu’à ce que le monde me pousse au dehors
qu’il me chasse de mon large confort
Alors j’enfonce ma force dans ces lettres
liberté
je souffle sur elles comme sur des braises
parce que je veux qu’elles vivent
je veux qu’elles se répandent et par endroits m’échappent
les mots sont irréels quand ils sont séparés de nos bouches, de nos mains
les mots sont irréels quand nos liens se défont
que me vaut d’être libre si tout est divisé ?
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La langue pendante je meurs de soif
de toi
je cherche ton odeur parmi la chair les gestes
Ici, le bruit me coupe les pattes
les cris me serrent le coeur
je me sens comme un ventre plié dans tout ce froid
je cherche où tu es
Tu arrives enfin, tu embrasses ta femme, tes filles
elles te remarquent peu
elles regardent leurs écrans
je pose mes pattes sur toi
je me manifeste
mais tu ne me vois pas
tu parles une autre langue sans regard sans tendresse
je commence à trembler car tu ne me vois pas
et je connais la peur
pour la toute première fois
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Je me suis plantée là
sous le bras de la grange
haute comme trois pommes
l’oeil couvert de strass
un bâton à la main
ayant perçu le nid
dont je ne vois rien
Je cherche d’où tu viens
oiseau
je cherche d’où tu viens
Percé du choix d’un ange
l’abri s’effondre au sol
l’oeuf tombé à terre se casse
laisse dans l’inachevé
sa coquille
sarcophage
d’où plein tu apparais
d’où rien en toi ne nait
Démeurs
oiseau
démeurs
je t’en supplie
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Pour faire une compote de pommes à la cannelle
il faut
fermer les yeux
s’assoupir dans une pièce sombre et fraîche
flâner longtemps sur le rebord du rêve
atteindre l’intense désert
se réveiller à l’odeur merveilleuse
les yeux toujours fermés
revoir encore une fois les dunes de sable chaud d’où glissaient des serpents
se lever vers la mère qui tourne avec tendresse
les pommes alanguies d’un hammam délicieux et dépose dans les creux de leur chair amollie
l’écorce de cannelle
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Mon chat
ce matin tu as ramené un oiseau dans ta maison
il gisait
les yeux clos
raidi dans l’état incomplet de son dernier mouvement
serait-il possible que toi aussi oiseau
tu sois soumis à l’ordre imprévisible du chaos ?
qu’on puisse te ravir au ciel, à l’arbre, aux airs, aux rayons du soleil ?
à ton unique demeure ?
que tu aies toi aussi été surpris par la patience de ma bête ?
n’as-tu pas entendu mon perfide animal ?
aurais-tu l’ouïe moins fine parce que tu serais vieux ?
tiens, je n’aurais jamais imaginé qu’un oiseau puisse vieillir
Oiseau
serais-tu donc le seul
à te tenir là
devant ce champ de blé
chantant insouciant pour t’amuser à la tombée du jour
sourd à tous les tristes tours
et
qu’entre chien et loup
toi mon chat mon animal aimé mon tigre
tu aies tiré profit de ce moment précis
dans l’angle exact où tout s’oublie et devient vulnérable
et que
malgré les ailes
malgré le savoir des voltiges
malgré le bec armé
malgré la légèreté
tu aies saisi l’oiseau
tu aies frappé son coeur
tu aies bondi sur lui
tigre
et que, comme moi,
l’oiseau ait succombé à ses assauts ?
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Elle sait tout alors c’est tout
Plus personne ne peut dire un mot, il n’y a aucun doute aucun rire qui divise son savoir car elle sait et ça, ça ferme tout, ça ferme, ça la ferme, alors elle continue et ça parle, tout seul, ça parle tout seul, c’est à côté de son corps, pas pris dans le pli du regard ni dans la voix, ni dans l’abysse de la poitrine, ça parle sans s’arrêter sans répit, sans repos, ça fait mal aux oreilles mais moins qu’à l’estomac, celui qui digère mal l’excès de mots, l’excès du mal dans le tissu de mots qui gratte la peau.
Elle sait alors c’est tout, ça ferme tout alors on garde en soi la haine pour ce qui se ferme, la ferme. La ferme, on a envie de dire ça, la ferme, de le crier, de le vomir à ses pieds, de tousser son dedans, d’éclabousser son foie, sa rate, ses intestins, on les jette comme des mots qui ne peuvent pas sortir, atterrés dans la gorge.
Plus on se vide au dedans, plus on rétrécit, on a 10 ans, on ne sait pas encore que quelque chose peut ne pas être clos, qu’on peut sortir et courir vite, tout envoyer balader, nommer la haine, localiser la haine.
Elle a la haine à l’aine.
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Il paraît que certains papillons attendent le passage des bagnoles pour s’écraser le plus vite possible, pour crever une bonne fois pour toutes sous le plastique chauffé par le goudron en feu.
Je pense qu’ils se précipitent, que la vitesse de ces fauves en métal rend leur trépas plus désirable car plus rapide.
On pourrait croire comme ça que c’est un hasard, qu’ils sont là de façon accidentelle, qu’ils étaient simplement là au moment où passait le bolide, affairés à désirer une fleur ou à tromper l’ennemi au soleil, on pourrait le croire, oui.
Et puis, on pourrait se dire conséquemment qu’ils se font attraper, faucher, soulever par la violence du vent cassé par ces engins et qu’ils tombent sous leurs roues comme sous le coup du sort, disparaissant du champ de tout regard.
Et, on pourrait aussi croire que, comme affolés de leur effet, leur fin ne serait que la suite logique d’une rencontre fortuite mais qui devait tout de même arriver, à cette heure précise, là où tout est aveugle, dans cet angle là de la route même, avec cette aile comme ça, rien qu’à demi brisée, d’où persiste le bleu.
Peut-être que leur acte détruit et subsume à lui seul et en cet exact instant, la somme des vastes chaos qui ont mené un jour au fait qu’une larve puisse se métamorphoser en une si grande beauté. Oui, c’est peut être cela qu’ils fracassent, leur beauté, leur insupportable éphémère, leurs milliers de regards sur le sexe des fleurs.
Ils doivent bien le sentir ça, avec toutes ces conversions qu’ils ont menées, qu’on ne fait que passer, après s’être déchiré l’enveloppe derrière la tête, en tentant haletant d’oublier de ramper pour s’envoler en l’air. C’est peut être ça qu’ils fracassent et que sapent les sales roues de nos caisses à cimetière.
Mais, ça ne semble pas encore assez puisqu’ils survivent, oui, ils survivent à leur beauté et laissent des traces de couleur sur les routes encombrées.
Et tu vois, la trace sur la route là, celle qui brûle mon regard, moi qui ne fais que passer, cette trace multicolore qui brille, qui n’a pas encore renoncé au soleil, c’est leur or, même écrasée leur beauté insiste et reste le vrai immobile, sur le bitume ardent.
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Ce que je vais te dire est déjà peut-être écrit quelque part, inscrit dans le sombre d’un livre, coincé dans la bibliothèque d’un lieu dit du monde, insoupçonnable, presque perdu, en tous cas ignoré, resté insu.
Peut-être aussi au fond que je te l’avais déjà dit mais que je l’ai oublié, que j’ai perdu la page, égaré le moment et même l’intention restée ensevelie dedans. Ce que je vais te dire d’autres y ont déjà pensé, l’ont fait, ou l’ont peut être déjà écrit et l’ont donné à d’autres qui l’auront lu et oublié car nous sommes faits pour oublier, et quand nous croyons inventer, nous ne savons pas encore que nous nous sommes seulement souvenu de ce que nous avions oublié car ça s’était enfoui, ça s’était converti au sein d’une autre forme, rendue méconnaissable. Oui, voilà pourquoi je te le dis, pour que tu te souviennes toi aussi de ce que j’oublierai encore demain inexorablement, comme tous ceux à qui j’aurais été me dire.
Ce que je vais te dire à peut-être déjà été écrit, mais ceux qui l’auraient déjà entendu ou lu, ceux-là qui nous sont proches, qui nous sont aussi tout à fait lointains, au moment même où je te parle, car ils sont morts ou bien pas encore nés, c’est presque pareil tu sais, oui, ceux-là même dont je te parle, ils n’étaient pas toi et moi. Et moi je te parle maintenant, ici, je te regarde et je te dis ce que j’ai à te dire, et alors cela n’est donc pas encore écrit, lu et relu, oublié, perdu et ça se passe là entre toi et moi et ça n’a jamais existé comme ça et ça n’existera jamais plus de cette façon, avec cette virgule là à cet endroit et ce mouvement de mon torse qui s’ouvre quand je te parle, avec ce souffle qui me manque et me coupe la poitrine.
Oui, parce que je parle à celui qui viendra après toi. Je parle avec ce qui n’est déjà plus moi. Alors, toi et moi, nous pourrons devenir enfin, tant d’autres choses qui seront oubliées.
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Te voir soudain et puis te regarder, briser l’indifférence des images, ne pas pouvoir détourner mon regard de ta figure, de ton œil étincelle, de ta bouche ondoyante, encore un peu humide de la brève gorgée d’un verre de vin blanc piqué d’or
Etre là devant toi enfin et faire semblant de ne plus te voir parce-qu’on-ne-voit-que-toi
Etre là, l’air de rien, m’offrir comme ta vision, sauter derrière ton fard, te contempler de derrière ton visage, me loger à ta place un instant, peut-être même, me regarder en face
Si je me dérobe, c’est que je veux garder ton clair, ton vrai, la sève de ta présence
Ta lumière délicate éblouit, toi qui ne veut décidément pas me voir, qui me vise et m’évite à la fois, comme se conduit la vérité
Alors, je ferme les yeux pour que tu disparaisses
Des fils d’or se tressent dans l’ombre des désirs et flamboient au-dessus de nos têtes, dans ce bistrot bondé jaune et sombre, ils découpent des espaces seulement pour nos reflets et déposent lentement à tes mains des mots comme des baisers sur la peau de la vie
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Est ce qu’on meurt à la bonne heure ?
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Et je reverrai le monde comme un vieil ami auquel j’aurais seulement cessé de parler
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Un jour tu ne le verras pas
je mettrai mon masque
ce ne sera plus vraiment moi mais moi seule le saurai
Tu ne sauras pas non plus si c’est le même cuir
ou si c’est celui qui a déjà vécu
Et alors, oui, ce masque me servira
d’abord pour ne pas trop voir dans ton regard
ce qui s’est transformé en moi
Ensuite parce qu’il sera un comme un miroir
dont je proposerai l’accès
à qui voudra simplement parler avec moi
Et, un jour
j’aurais totalement disparu derrière mon masque
je ferai mes affaires dans mon usine interne
je me serai barrée
Mon masque sera devenu un regard
par lequel j’irai voir où tu en es
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Il doit bien y avoir autre chose que ce rien que je tiens dans mes mains, sous mes doigts
pourtant la poussière permet que mon corps glisse, ne puisse trouver à se loger, à se trouver un quelque part qui ne soit plus là-bas
peut-être qu’il pourrait y avoir un abri
un autre qui me parle dans sa langue même si je ne le comprends pas
un autre qui me parle et me regarde son œil comme un asile pour mon être harassé
que quelque chose s’arrête et s’y tienne
mais non
il n’y a rien que la faim qui me tient
rien dans mon sac en plastique si précieux à l’exil, que je découvre ici
en excès, rejeté par milliers des industries minières
il n’y a rien d’humain de ce que j’espérais
avant de voir
rien que ce sol sec qui meurt de soif et d’amour, gonflé de vergetures
rien qu’un désert plus grand que celui qui m’a fait
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Dernière orange
très chère
je vous veux goulûment
dans mes mains votre peau déjà un peu flétrie me résiste
sèche, elle se casse pourtant assoiffée de ce déshabillage
ah comme je m’y prends mal !
je vous mets en morceaux quand ce qui m’a séduit quelques minutes avant fut votre unicité
je coupe trop fort la chair, impatient que s’abouche à mes lèvres votre ronde acidité
je m’en mets plein les mains, cela me blesse aux doigts, gercés du long hiver
un instant je m’arrête devant votre beauté, enchantée qu’elle finisse à ce fruit, à cette fleur secrète d’où vous apparaissez
transfigurée
je sais qu’il me faudra attendre lune pour vous reprendre un jour
à l’arbre qui languit
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Comme le jour est lourd à cette heure
devant la maison close
on l’habille de musique, de sifflements, d’écrans multicolores
les machines parlent seules dans le silence sonore
les oiseaux dorment, eux
ils savent que l’heure est lourde,
que les hommes dorment encore
dans le midi du jour
ils savent qu’ils dorment seuls
d’un grand sommeil factice
ils savent
les remèdes du mal
entrés petit à petit
dissipés sous la langue qui pâtît
acre
incapable d’articuler
par milliers ils agissent dans la nuit
la lumière fait douleur à l’œil tâché éteint
plus rien n’espère revivre
on se languit de vivre
dans l’immobile été
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Tu parles aux êtres de demain et tu dis
vous n’aurez plus besoin de la technostructure virtuelle pour vous transformer et pourquoi pas devenir immortels et metasexuels
non
vous le ferez
avec la force du verbe
homme et femmes se nomment et deviennent tel leurs dits performants vers l’ailleurs
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Jeune tourterelle
ne sois pas effrayée par mon pas disgracieux, malhabile, imprécis
avec mes gros sabots, je fait fuir les affreux
avec ma hanche cassée, je ne sais que ramper
je tremble souvent aussi
je traîne mes échassiers sans me coordonner
vois comme je suis abrupt, moi le très bas, qui n’ai pas su passer près de toi sans tout désenchanter de l’ordre de ta beauté
je recule devant toi maintenant tout doucement et ton œil intrigué semble m’examiner
j’ai déjà disparu que tu m’as oublié
tu bois dans quelque creux d’une terre desséchée
je vois tes plumes bleuir dans la lumière feutrée
peut-être bien aussi que tu ne m’as point vu
que j’ai tout inventé car tu es la grâce et son secret
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Ils ne connaîtront ni le jour ni leurres
quand elle frappera leurs cœurs
ni la dernière image ni le dernier nuage pour eux seront connus car ils auront déjà disparu dans l’eau noire
au loin les bateaux seront vagues
on ne saura plus rien de leur cargaison d’âmes
de leur sombres amarres
ils ne connaîtront ni le lieu ni leurres
on confondra parfois leurs crânes avec des grappes de restes que ces bateaux ramènent aux pêcheurs ignorants
on comprendra leurs formes comme un grand cétacé
qui n’existera plus la minute d’après
aucun ciel ne les sauve d’un trajet incertain
la mer seulement caresse l’étui désaffecté où se logeaient leurs rêves
![]()
La nuit le jour sommeille
il rêve
il rêve à ceux qui sèment
à ceux qui s’émerveillent
qui cherchent dans la nuit
une lune incendie
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Un homme passe patiemment
ceint de lumière rieuse
éparse
dans le mystère ouvert d’une forêt silencieuse
où est mon cœur ?
Il tombe par feuilles d’or des arbres en hauteur
le soleil les atteint par excès à chaque plongée dans l’air
où est mon cœur ?
il se répand
en tapis de fruits morts esseulés sous les saules
graines immortelles pour d’autres étés encore
mon immobile horloge ne voit plus que par de vagues trouées sonores
mon corps têtu m’oublie
puis se lève lentement
il enveloppe de peau la forêt qui sommeille et resserre son étreinte tout autour de mon être
dans mon égarement, le tam tam de mon âme laisse entendre soudain un pivert inconscient
oubliant ma présence
s’affairant de son bec dans le creux des écorces
il me défait du rêve
![]()
Ce que l’autre n’est plus on l’emporte avec soi
l’être de ma lettre étant mon être, maître, mettez là l’être
Je fus jadis un autre et je ne suis toujours qu’un ailleurs pour moi-même
et savez vous, le bonheur, je le laisse à ceux qui n’ont rien d’autre à espérer
Transitionaître, ou n’être qu’un peu, un peu entre-prise par ce réel qui me sidère
qui me demande d’être là, avec tout ce que je n’ai pas, avec tout ce que je ne sais pas
Leurre, c’est la question du temps qui m’in-dispose
mon estomac, un ulcère incertain
mon coeur, le socle de l’univers, son négatif qui s’assoupit sous la caresse
Puisse la main d’un homme générer l’indicible qu’est l’amour
l’amour pour celui qui s’absente et qui de cet effet, remplit l’espace en se clouant au sol
incarné dans la terre
Il n’y a rien à dire.
la parole se suspend
respirer devient étrangement une lutte
Tourmentez encore, je vous ris au nez
La danseuse a épousé le vent, le sol est mon air
Tomber ne m’atteint plus
je suis ce qui tombe
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Car
un jour j’ai décidé de ne plus jamais laisser s’échapper un mot, un dire.
D’appuyer ma présence sur ce bout de terre, agrippée des orteils pour équilibrer la tension de ma croupe en partance. Pour. Partir. Partir plus vite. Morte peut-être, je ne sais plus.
Et c’est ici que le rêve commence. L’œil pourtant demi-clos, ne sachant, ne voulant que cette lumière le dise. La nuit nous ensemence.
Je le regarde encore à côté. Je me souviens et j’aime me taire.
Que.
Parfois, il dispersait son corps à d’autres lois, ailleurs, sans jamais rester là, comme une plume sur l’épaisseur d’un ciment rouge de soleil et de temps.
Déposé en lui, tout entier recourbé sur son être, le corps comme armure, qui défie l’insolence du réel. Le poids est si léger que je peux l’écouter de ma chair.
Il y a urgence à dire. Que le serrer contre moi m’arrache à la nuit, me dépossède de toutes mes certitudes et accomplit dans mon âme une équation compacte.
L’instant précis devient quand il se brise, je suis de mon museau sa trace, je regarde l’horloge et je m’écrie au ciel qu’il cesse de tourmenter nos restes.
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Ne laisse pas filer les mots
Ils existent aujourd’hui dans une lumière nouvelle, ils ne seront demain que la coquille d’abîme que ton coeur imprimé n’aura pas su garder.
Cherche en chacun des traits ce qui peut faire esquisse, d’apparition soudaine en forme de douceur.
Douceur pour celui-là qui vit à leur côté, ignorant bienheureux de leur éphémère rire.
Ne laisse pas filer les mots, ceux qui naissent en secret sans y être invités, qui se bousculent en fronde, d’un pas désespéré.
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Mais la fièvre ne promet rien, mon coeur.
Laisse l’orage passer en riant du mauvais âge.
C’est un moment serré, en lassé, sans message, qui aussitôt s’absout face à ce qui s’engage.
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Je passais l’autre fois près de vous, d’un oeil presque incertain, j’aperçus votre corps couché sur la poussière, recouvert d’un infime drapé de sable aurore, à peine pour réchauffer vos pieds nus d’autres voyages
Protégé sous ses plis, vous dormiez comme un homme, quelques denrées cachées vous gardaient dans la vie
Dans le couloir défait, je décalque à mon oeil un abri pour le lien
Ineffable présence où vous êtes appendu
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Mais qu’est ce que ce sarcophage, cette momie liquide et désapprivoisée ?
c’est un homme
il n’y a pas d’ombre à l’ouvrage pour qui se courbe à l’être
seul, le regard parfois ne peut rien arrimer, il passe et rien n’advient
je suis celui qui passe après
et tout réapparaît
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L’homme et la femme marchaient dans la brume de l’aurore
Lointains, leurs pas comme des adresses
Solaires, sous les trembles d’été
Elle, tenait son bras qui lui soutenait le corps
Il, gardait sa main avec le poing serré
Chacun à son destin que le désir empresse
Ce que je sais c’est qu’ils allaient
Je ne saurais vous dire s’ils arrivaient ou partaient
Sur le souffle des feuilles
Leur image m’est encore trop sonore
Leurs visages et leurs actes m’étaient indéchiffrables
Mais ils parlaient là où la vie s’instaure
A bas bruit, comme on parle aux nuages
Ce que je sais c’est qu’ils s’avançaient
Par vagues et revenaient en forêt
Ils soufflaient sur des vœux, défrichaient les sentiers
Hors d’âge
Très tôt, se séparaient, par foulées et repartaient, larvés
Vers la ville affolée
Dans ses pièces sombres, sans partage; ils se tenaient
Ils se tenaient là où se meurent d’envie et la mer et le sable
Ce que je sais c’est qu’ils se languissaient
Ils pleuraient doucement juste après les orages
Cherchant à se cacher des foudres et des loups
Nus, seuls, fragiles
Plongeant dans la forêt trouée par les éclairs
Ils se tenaient blottis à leurs corps malhabiles
Ils achevaient leurs rêves, commettaient des impairs
Ce que je sais d’eux c’est qu’ils disparaissaient
La femme rêvait de lui
Ne sachant ni le dire ni le faire
Eve évanouie, sirène muette
Qui ne connaît son nom ne sait plus que se taire
Quand son heure fut venue un seul a pris l’appel
Qu’elle ait tout entendu la garde irrésolue
Que ces mots aient un lieu me consolent certains jours
Ce que je sais d’elle c’est qu’elle était adage
L’homme parlait l’oiseau, savait la langue d’amour, ne cherchait pas demeure
Il venait de fort loin, portait des bas de soie, sautillant dans la joie à l’ombre des pleureurs
Il dansait sur les crêtes
Acrobate immobile au dessus du volcan
Il attendait son sort, il rêvait tout contre elle
Ce que je sais de lui c’est qu’il avait un gage
Saturant mon regard, inondant ma mémoire
Mes yeux salés n’ont pas pu tout garder de leur histoire
Éternellement à présent ils allaient dans ce bonheur sans âge
Sans repos murmure le Poète
En morceaux de mille feux appelant sans détresse
Le temps evanescent disparaissant sans cesse
Disparaissant longtemps
Voilà ce que je sais
Ce que je sais d’eux c’est qu’ils s’aimaient
Mais, la mort sait reprendre sa mise
Et laisse à consoler les amants éperdus
Cela je le sais
Imperdu
Je le sais car
Je suis l’enfant qui n’est pas né
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Tu allais, enjambant l’asphalte, fou de pas vers elle
scintillant comme l’oiseau, en corps brinquebalant de spasmes et de cheveux pressés
le soleil de fer long, planté comme un épouvantail dans la rue blanche de froid, rendait ton visage pourpre
en ta plastique légère, tu tenais ton angoisse sous la gorge, là, tapie tout près du cœur
encore, allant vers, étouffant ton squelette lourd de tes gestes étourdis, le regard fixe
où vas-tu ? t’attendent-ils quelque part ?
il est des flamands roses que j’ai connus jadis, échassiers merveilleux, leur présence élastique c’est la tienne aujourd’hui, que je cueille comme de l’or tombé de ta poitrine
![]()
Dans quelques minutes, un jour, je mourrai.
Quelques minutes après ce jour, pleine d’une lumière grave, je partirai. Je ne serai plus, plus personne ne saura mon nom, j’aurais disparu.
Dans l’instant lent et calme qui aura pris ma joie, arrachée à tous les phares de la nuit, j’aurai tout perdu.
Dans quelques minutes.
Attends.
Pas encore.
Surprise à ce lieu feu de l’autre, j’entreprends de défroisser une ancienne peine et d’y écrire un mot.
Nouveau.
Attends.
Je l’écris.
Vois.
C’est alors que je rencontrerai ton œil. Presque forclos, mi-dit, millionnaire.
Et peut être, alors donc, que depuis ton œil, et à l’instant précis de la chute, celle qui entame la dernière minute, quelque chose de moi sera capté de toi.
J’aurai rejoint le livre, serai toute dissolue dans l’encre vernaculaire.
Et tout à ta lecture de moi, à ton festin scopique, je serai lue de toi, j’aurais atteint le reflet de ton oeil.
Je serai vue.
Toi, tu Retrouveras les remèdes de l’enfance.
Moi, j’aurai tourné la page.
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Lente âme, possible demeure intranquille
Défilant le cours plein du torrent de mes failles
Défait son corset de muraille et tombe à mon genou, preste, revenant d’un passé harassé, se tordant, se pâmant d’un amour ineffable, cueilli précisément d’un verger assoiffé, traversant le regard.
Lente âme, découverte à la hache de l’ardeur comme l’ombre découpe la rage.
Immensément se perd dans l’affable incendie.
À présent voilà que je m’entame vers mon ancien départ, la poitrine inversée se pose et repose devant le tombeau parleur qui sonne sur mon cœur, hélas, plus personne ne répond, l’oreille rit sur l’or mort.
Ici, quiconque prend l’appel disparaît aussitôt.
Du corps noir qui pâlit sous la lointaine fureur, l’odeur rance revient sur mon âme, la scène obscène se défait sur le rideau parfait de jaune abasourdi et déchire ma poitrine en son exact milieu.
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Et te disparaissant je tombe, ma main ne rejoint plus la tienne
ton visage devient loin
imprécis
combien faudra-t-il que je tienne ?
quel écart mon corps doit-il au long chemin noir de la séparation, mienne ce jour neuf et droit ?
quel délicieux délire m’a confinée au bord du tout pouvoir avoir ?
un à un, je graverai un à un les mots sur ce silence
qu’ils deviennent des ancrages pour l’empreinte de mon être
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De l’unique clôture
reste l’enveloppe de l’oeuf
De la première cassure surgit telle, inédite
l’autre partie du monde
L’ Autre parti du monde
du sol clandestin qu’un regard seul atteint
sur le seuil endurci tranchant de l’ouverture
la limite engloutie dans une longue faim de joie
brise l’incertitude au bord de cet ailleurs
Seul devant soi s’avance le monde
le premier né crie et regarde
l’autre se tait et s’arme
Seule l’enveloppe demeure
avec la chance
qui avance et qui gronde
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Elle arrive dans un râle qui saisit ma poitrine. Petite, maigre, les yeux enfouis sous un chapeau moderne, avec dessus les marques du capital inscrites comme des bannières obscènes. Les yeux devinés mais hors regard, enclos sous l’épaisse chevelure brune déposée en muraille sur ses épaules, des morceaux de boucles de fer ornent mal son visage.
Elle se dépose sans poids dans la cellule inhumée souterraine, le noir y est sonore, la lumière artificielle, elle demande une place dans un cri qui tord encore ma gorge, mon cœur alors est tombé dans un noeud qui demeure enserré. Il se souvient encore de ses mains tremblantes sur les genoux, de la forme de son corps, têtu dans sa clôture, de sa tête inclinée, baissée sur les trous innombrables de son habit sombre et cloué. Frêle, certainement affamée, elle est partie soudain dans l’odeur ineffable des jours mauvais. Où vas-tu ? Est ce que quelqu’un t’attend là-bas ?
Jeune femme toute vêtue de douleur, tu es passée ce jour là devant moi sans me reconnaître, je garde de toi, incisant l’ingénue que je m’étais permise à demeurer avant de te connaître, la morsure vive du réel.
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La pomme qui ne tombe pas de l’arbre abrasé par le feu
soulève de l’intérieur de mon ventre un long chagrin
autour les feuilles déjà ne sont plus que la trace sonore du bruit sec où se brise le virtuel
d’un feuillage liquide qui disparaît sur le fer rouge et vorace du grillage incendié
se meurt
l’oiseau transitionnel
Soleil fou qui déroge au réel
délocalise le lieu la place, abolit le temps et bannit mon être de l’espace.
quelque chose ici bas ne fait pas qu’affleurer, ça transperce.
là, l’air brûle l’enveloppe de l’oeil se fane
un peu plus loin encore, la terre parle
mon semblable porte son malaise sur la tête comme on sauverait une âme
l’oiseau se presse et s’abîme dans l’air cuit
un papillon glisse flavescent de la fleur et chavire dans l’amer
Son petit corps raidi bouleverse l’ordre de mon cœur, claquant tombant au goudron affamé.
Ici, nul chien n’adore plus son maître.
nos amis mots vacillent dans la langueur des corps, lâches, ramassés en forfaits
je vais sans secours dans le lieu où l’ennui s’est tu où a brûlé l’envie
que la pomme ne tombe pas solde le jour d’un sort
de la pièce fraîche derrière la vitre claire
quelque chose cloche
quelque chose semble mort
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En ville, on rencontre parfois certains humains rendus à l’ordre naturel, hirsutes abasourdis, le vêtement ample qui couvre tout le mal qui les a dispersés.
Ils sont là, balançants, sidérés d’avoir vu, titubant à attendre ne sachant plus qui, et depuis si longtemps qu’on les confond avec le gris silencieux des rues, avec les troncs secs des arbres.
Invisibles aux passants, ne le sont jamais à mon coeur voyant.
Quand ils viennent vous saluer, on croirait qu’ils bondissent
Ils doivent être assoiffés par l’intranquillité, briguant un geste, cherchant un regard sûr chez celui qui s’enfuit
Pour eux, les lieux s’inversent, ils tournent devant leur cage, le nez par terre, ils tournent devant leur cage qu’ils gardent bien à l’oeil de peur qu’elle ne leur serve.
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J’allais dans la tourmente quand vous m’êtes apparues, vous, deux petites biches, deux petites billes de grâce, deux trous noirs éblouis par ma nuit
L’une au milieu de mon champ, attendant l’autre qui hésitait têtue sur le bas-côté, mes pieds à cet instant bondissant sur les freins, c’est avec ma poitrine que se finit le geste et s’est inscrit la trace
Pendant que mon coeur monte vers le ciel chargé de feu, vous en estompez l’ombre
A vos côtés, soudain, les mots tombent sur les choses
Vos beautés m’ont serrée, m’ont ravie à la mort impatiente
J’allais dans ma tourmente quand la vie à bondi devant mon horizon, aveugle auparavant
C’est le noir qui entoure vos corps qui m’a recomposée
Qui sait si mon visage apparaissait ainsi dans la nuit sarcophage ce qu’il délivrerait ?
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Que la lumière inonde, inversement, se donne
comme un aveugle je cherche à tâtons une forme
un pli où disparaître sous le voile chaud et clair de ton immense absence
que ma présence étonne
Que je ne trouve personne n’en efface pas l’attente
et s’il n’y a plus rien là où je croyais voir
il faut que je l’invente
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Aujourd’hui,
J’ai découvert la joie sur le chemin d’un sourire.
Reflet dans mon oeil. Amerrissage immédiat.
Ceux qui sèment
Ne peuvent sonder aussitôt l’épaisseur de leur acte.
Pour nous, la question.
La question fonde le monde.
Nous sommes les trouvailleurs,
Le cheveu sauvage et le geste empressé.
Pour nous, le temps se trace,
N’a presque plus d’importance,
Le vécu, seul se signe de sa présence.
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