Malade en été

Aux invisibles passants eux seuls mon cœur voyant

Comme le jour est lourd à cette heure

devant la maison close

on l’habille de musique, de sifflements, d’écrans multicolores

les machines parlent seules dans le silence sonore

les oiseaux dorment, eux

ils savent que l’heure est lourde,

que les hommes dorment encore

dans le midi du jour

ils savent qu’ils dorment seuls

d’un grand sommeil factice

ils savent

les remèdes du mal

entrés petit à petit

dissipés sous la langue qui pâtît

acre

incapable d’articuler

par milliers ils agissent dans la nuit

la lumière fait douleur à l’œil tâché éteint

plus rien n’espère revivre

on se languit de vivre

dans l’immobile été

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L’attitré

Aux invisibles passants eux seuls mon cœur voyant

Ce que l’autre n’est plus on l’emporte avec soi

l’être de ma lettre étant mon être, maître, mettez là l’être

Je fus jadis un autre et je ne suis toujours qu’un ailleurs pour moi-même

et savez vous, le bonheur, je le laisse à ceux qui n’ont rien d’autre à espérer

Transitionaître, ou n’être qu’un peu, un peu entre-prise par ce réel qui me sidère

qui me demande d’être là, avec tout ce que je n’ai pas, avec tout ce que je ne sais pas

Leurre, c’est la question du temps qui m’in-dispose

mon estomac, un ulcère incertain

mon coeur, le socle de l’univers, son négatif qui s’assoupit sous la caresse

Puisse la main d’un homme générer l’indicible qu’est l’amour

l’amour pour celui qui s’absente et qui de cet effet, remplit l’espace en se clouant au sol

incarné dans la terre

Il n’y a rien à dire.

la parole se suspend

respirer devient étrangement une lutte

Tourmentez encore, je vous ris au nez

La danseuse a épousé le vent, le sol est mon air

Tomber ne m’atteint plus

je suis ce qui tombe

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L’homme de poussière

Aux invisibles passants eux seuls mon cœur voyant

Je passais l’autre fois près de vous, d’un oeil presque incertain, j’aperçus votre corps couché sur la poussière, recouvert d’un infime drapé de sable aurore, à peine pour réchauffer vos pieds nus d’autres voyages

Protégé sous ses plis, vous dormiez comme un homme, quelques denrées cachées vous gardaient dans la vie

Dans le couloir défait, je décalque à mon oeil un abri pour le lien

Ineffable présence où vous êtes appendu

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Le passant

Aux invisibles passants eux seuls mon cœur voyant

Tu allais, enjambant l’asphalte, fou de pas vers elle

scintillant comme l’oiseau, en corps brinquebalant de spasmes et de cheveux pressés

le soleil de fer long, planté comme un épouvantail dans la rue blanche de froid, rendait ton visage pourpre

en ta plastique légère, tu tenais ton angoisse sous la gorge, là, tapie tout près du cœur

encore, allant vers, étouffant ton squelette lourd de tes gestes étourdis, le regard fixe

où vas-tu ? t’attendent-ils quelque part ?

il est des flamands roses que j’ai connus jadis, échassiers merveilleux, leur présence élastique c’est la tienne aujourd’hui, que je cueille comme de l’or tombé de ta poitrine

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La jeune fille à la douleur

Aux invisibles passants eux seuls mon cœur voyant

Elle  arrive dans un râle qui saisit ma poitrine. Petite, maigre, les yeux enfouis sous un chapeau moderne, avec dessus les marques du capital inscrites comme des bannières obscènes.  Les yeux devinés mais hors regard, enclos sous l’épaisse chevelure brune déposée en muraille sur ses épaules, des morceaux de boucles de fer ornent mal son visage. 

Elle se dépose sans poids dans la cellule inhumée souterraine, le noir y est sonore, la lumière artificielle, elle demande une place dans un cri qui tord encore ma gorge, mon cœur alors est tombé dans un noeud qui demeure enserré. Il se souvient encore de ses mains tremblantes sur les genoux, de la forme de son corps, têtu dans sa clôture, de sa tête inclinée,  baissée sur les trous innombrables de son habit sombre et cloué. Frêle, certainement affamée, elle est partie soudain dans l’odeur ineffable des jours mauvais. Où vas-tu ? Est ce que quelqu’un t’attend là-bas ?

Jeune femme toute vêtue de douleur, tu es passée ce jour là devant moi sans me reconnaître, je garde de toi, incisant l’ingénue que je m’étais permise à demeurer avant de te connaître, la morsure vive du réel.

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