Ils rêvaient d’être libres

Poèmes qui tombent du jour

Je me loge un instant dans le cri des anciens

je chemine

avec eux 

j’inscris ma parole dans leurs pas

j’apprends à dire 

sans eux

qu’ils rêvaient d’être libres

certains mots se sont déchirés

ils ont glissé dans les crevasses du temps

géométriquement

ils ne veulent plus rien dire

ils se taisent 

lassés 

par la morne répétition du courant

la nuit venue

ils se balancent au bout de mon coeur

soliloquent marmonnent se languissent

sur un air entêtant mélangé au lointain

et je me sens parfois comme un drôle d’oisillon

bec ouvert à attendre tremblante

jusqu’à ce que le monde me pousse au dehors

qu’il me chasse de mon large confort

alors j’enfonce ma force dans ces lettres

liberté

je souffle sur elles comme sur des braises

parce que je veux qu’elles vivent

je veux qu’elles se répandent et par endroits m’échappent

les mots sont irréels quand ils sont séparés de nos bouches, de nos mains 

les mots sont irréels quand nos liens se défont

que me vaut d’être libre si tout est divisé ?

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Recette de compote de pommes à la cannelle

Poèmes qui tombent du jour

Pour faire une compote de pommes à la cannelle

il faut

fermer les yeux

s’assoupir dans une pièce sombre et fraîche

flâner longtemps sur le rebord du rêve 

atteindre l’intense désert

se réveiller à l’odeur merveilleuse

les yeux toujours fermés

revoir encore une fois les dunes de sable chaud d’où glissaient des serpents

se lever vers la mère qui tourne avec tendresse

les pommes alanguies d’un hammam délicieux et dépose dans les creux de leur chair amollie

l’écorce de cannelle

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L’avenir du soleil

Poèmes qui tombent du jour

Un jour peut-être

nous mettrons des parapluies sous le soleil

nous résisterons sous leurs ombres

nous brancherons des climatiseurs 

aux murs de nos maisons 

colons des intérieurs

habitacles glacés dans l’horreur des céans

prêts à attiser toujours plus le dehors

essoufflés moites et décorporés

petites âmes en suspens 

qui tournoient sous les flammes

un jour peut-être

nous ferons surgir l’enfer de sous la terre

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Ne m’appelle pas vieillesse

Poèmes qui tombent du jour

Un jour tu ne le verras pas

je mettrai mon masque

ce ne sera plus vraiment moi mais moi seule le saurai

Tu ne sauras pas non plus si c’est le même cuir

ou si c’est celui qui a déjà vécu

Et alors, oui je pense que ce masque me servira

d’abord pour ne pas trop voir dans ton regard

ce qui s’est transformé en moi

Ensuite parce qu’il sera un comme un miroir

dont je proposerai l’accès

à qui voudra simplement parler avec moi

Et, un jour

j’aurais totalement disparu derrière mon masque

je ferai mes affaires dans mon usine interne 

je me serai barrée

Mon masque sera devenu un regard

par lequel j’irai voir où tu en es

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L’appel

Poèmes qui tombent du jour

L’oiseau soulevant le ciel en hurlant

sait ma peine

hors la vie là mêlée

son cri se fait appel

perçant le ciel d’un rictus incolore

il rejoint tel un trait les clignotants célestes

que la lumière inonde et par à coups colore

me tirant à ses ailes pour aller sans retour

Détachée à jamais d’un petit bout de chair

mon coeur bat tout mon corps

il vibre à me faire taire

mon corps bat tout le vide

qui se défait de moi

il retourne à la mère

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Rien

Poèmes qui tombent du jour

Il doit bien y avoir autre chose que ce rien que je tiens dans mes mains, sous mes doigts

pourtant la poussière permet que mon corps glisse, ne puisse trouver à se loger, à se trouver un quelque part qui ne soit plus là-bas

peut-être qu’il pourrait y avoir un abri

un autre qui me parle dans sa langue même si je ne comprends pas

un autre qui me parle et me regarde son œil comme un asile pour mon être harassé

que quelque chose s’arrête et s’y tienne

mais non

il n’y a rien que la faim qui me tient

rien dans mon sac en plastique si précieux à l’exil, que je découvre ici

rn excès, rejeté par milliers des industries minières

il n’y a rien d’humain de ce que j’espérais

avant de voir

rien que ce sol mou qui meurt de soif et d’amour, gonflé de vergetures, rien qu’un désert plus grand que celui qui m’a fait

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Dernière orange

Poèmes qui tombent du jour

Dernière orange

très chère

je vous veux goulûment

dans mes mains votre peau déjà un peu flétrie me résiste

sèche, elle se casse pourtant assoiffée de ce déshabillage

ah comme je m’y prends mal !

je vous mets en morceaux quand ce qui m’a séduit quelques minutes avant fut votre unicité

je coupe trop fort la chair, impatient que s’abouche à mes lèvres votre ronde acidité

je m’en mets plein les mains, cela me blesse aux doigts, gercés du long hiver

un instant je m’arrête devant votre beauté, enchantée qu’elle finisse à ce fruit, à cette fleur secrète d’où vous apparaissez

transfigurée.

je sais qu’il me faudra attendre lune pour vous reprendre un jour

à l’arbre qui languit.

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A la jeune tourterelle

Poèmes qui tombent du jour

Jeune tourterelle

ne sois pas effrayée par mon pas disgracieux, malhabile, imprécis

avec mes gros sabots, je fait fuir les affreux

avec ma hanche cassée, je ne sais que ramper

je tremble souvent aussi

je traîne mes échassiers sans me coordonner

vois comme je suis abrupt, moi le très bas, qui n’ai pas su passer près de toi sans tout désenchanter de l’ordre de ta beauté

je recule devant toi maintenant tout doucement et ton œil intrigué semble ne pas me quitter

j’ai déjà disparu que tu m’as oublié, tu bois dans quelque creux d’une terre desséchée

je vois tes plumes bleuir dans la lumière

peut être bien aussi que tu ne m’as point vu

que j’ai tout inventé car tu es la grâce et son secret

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Aux submergés

Poèmes qui tombent du jour

Ils ne connaîtront ni le jour ni leurres

quand elle frappera leurs cœurs

ni la dernière image ni le dernier nuage pour eux seront connus car ils auront déjà disparu dans l’eau noire

au loin les bateaux seront vagues

on ne saura plus rien de leur cargaison d’âmes

de leur sombres amarres

ils ne connaîtront ni le lieu ni leurres

on confondra parfois leurs crânes avec des grappes de restes que ces bateaux ramènent aux pêcheurs ignorants

on comprendra leurs formes comme un grand cétacé

qui n’existera plus la minute d’après

aucun ciel ne vous sauve d’un trajet incertain

la mer seulement caresse l’étui désaffecté où se logeaient leurs rêves

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L’homme ceint

Poèmes qui tombent du jour

Un homme passe patiemment 

ceint de lumière rieuse

éparse

dans le mystère ouvert d’une forêt silencieuse 

où est mon cœur ?

Il tombe par feuilles d’or des arbres en hauteur

le soleil les atteint par excès à chaque plongée dans l’air, irraisonnablement

où est mon cœur ?

il se répand

en tapis de fruits morts esseulés sous les saules, graines immortelles pour d’autres étés encore

mon immobile horloge ne voit plus que par de vagues trouées sonores

mon corps têtu m’oublie 

puis se lève lentement 

il enveloppe de peau la forêt qui sommeille et resserre son étreinte tout autour de mon être 

et dans mon égarement, le tam tam de mon âme laisse entendre soudain un pivert inconscient 

oubliant ma présence 

s’affairant de son bec dans le creux des écorces

il me défait du rêve

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Voix tremblante

Poèmes qui tombent du jour

Il y a dans chaque essai

fracas à nul pareil

et c’est toujours le même qui frappe

quand j’appelle

Sitôt que je veux dire

qu’un désir se forge

des mains me serrent la gorge

ma voix tremble s’éraille

retourne à son sommeil

Elle s’éteint brusquement 

se casse par raclées

Le silence qui s’ensuit

se sent bien embêté

lui qui sonne seulement

quand les mots ont parlé

Qu’avais-je donc à dire qui ne puisse que tomber ?

Qui ne puisse que se taire encore dans mes pensées ?

Je décide aujourd’hui de tout abandonner

honte, doutes, vertiges

Oust, chimères ! 

Veuillez ne pas déranger

la voix qui sait trembler

la voix qui parle seule

qui parle de ce qui tremble

qui tremble de parler

de corporéité

de vérité difforme

d’intime déshabillé

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T’attendre

Poèmes qui tombent du jour

Qu’il est bon de t’attendre car tu viendras

quoi qu’il arrive, je te sais là

siégeant dans l’épaisse éternité des rêves

à demi nu parmi le jardin d’Eve

pur des seins des maternelles

moi venant par devant toi illuminer ton vers

toi tout contre moi allant t’inscrire dans mes bras

chacun son fil d’or noué au creux des lois

ma chair qui devine tes pas rafraîchit mes artères

qu’il est bon de t’attendre car tu viendras

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Les fractales

Poèmes qui tombent du jour

il n’existe pas d’hommes supérieurs, non, ils n’existent pas

nul ne peut monter sur ses propres épaules

il y a à être deux pour créer et donner à celui qui vient après

celui qui vient après transporte l’objet sans pouvoir l’attraper et l’apporte à un autre

certains parmi eux sont deux mais n’en créent pas un autre

il se perd, pas à pas

personne ne vient après

celui-ci vit longtemps dans l’idée de l’absence, on transmet sa portée

il meurt avec ces deux mais demeure dans un lieu

l’idée gît dans ce lieu

se répand par milliers

bien sûr que nous sommes des fractales, et notre mesure, c’est l’incomparable

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L’hôte

Poèmes qui tombent du jour

C’est toujours le matin qu’il pleure. Un peu avant l’aube. Qu’elle vienne, cela ne cesse de ne pas le consoler, de le surprendre.

Ça le prend comme un enfant voudrait toujours trouver les bras d’un autre pour se lover. 

Peu lui importe qui, c’est la chaleur qu’il cherche, il sait que bien peu de personnes peuvent la lui refuser. Lorsque vient l’enfant, il pleure avec lui, il ne peut pas le consoler, pas encore car il ignore que lui aussi est un enfant. Il rit bientôt et il le laisse partir avec un peu de peine qu’il cache dans un sourire. Il se cache pour qu’il s’en aille, pour qu’il vive.

Il ne sait pas encore que c’est pour lui le moment le plus fragile, celui où il doit s’éveiller. Celui où il le quitte.

Matrice du moment d’amour.

D’amour pour ceux qu’il aime et qui dansent dans son coeur pendant sa nuit sans que toujours il les y invite. De convives, ils sont à la fête, ils savent qu’il désire être pour eux une demeure, une maison sans verrou. Ils savent aussi que si la porte reste close un moment, ils pourront revenir. Il a besoin quelques fois de ses silences.

Son verre de vin ce soir, à sa gauche et son reflet exhumé de la bougie en fleurs. Ses compagnons. 

Trop tard il est cinq heure, c’est la limite affranchie pour la paix qui naît du sommeil.

Après l’heure, il n’est plus question de rêver les yeux fermés. Le rêve commence ici. 

Là, tout doux, il s’endort après l’heure, pour ne pas que l’aube le touche plus qu’il n’en faut, pour ne pas qu’elle le brise.

Et la musique orientale entre dans son âme avec les écouteurs. Son horizon, l’ordinateur.

Un jour il parlera de toi, de ce frère qu’il a perdu; l’être là, celui qui joue avec d’autres langages.

Jamais il ne quittera ce lieu d’où il écrit. Recourbé dans l’angle d’une lointaine demeure, il le regarde inventer de nouveaux textes.

C’est sacré.

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A celui qui s’en va

Poèmes qui tombent du jour

J’ai des choses à Te dire.

Peut-être que cela aurait pu être tu.

Toi qui m’abrites sous ton visage, à la lumière duquel je tombe en amour, à la faveur duquel mon coeur devient soleil car mes pieds ont retrouvé l’ardeur à-musée de la danse.

C’est écrit. Là. Déjà. Dessiné sous le pli.

Il vint sans crier gare et je me suis tue pour ne pas l’apeurer.

C’était donc cela.

Toi. 

Tais-moi et marche

Va t’en.

Va tant que tu veux.

Je me vois dans l’aveugle de ton regard. C’est moi.

Envisagée ma bouche entrevue, juste ouverte pour caresser le souffle.

L’accueillir dans mon regard pour toi

Celui que je veux pour toi caressant.

J’écris.

Nous nous apparaissons à nous-mêmes dans cette lumière. 

A peine.

Qui suis-je?

Tu me l’as dit dans ce silence que tu caches sous ta barbe.

Délivre Toi du mal.

M’or, je suis déchue dans tes rivages.

Tu m’apparais si profond que je ne peux plus tomber. 

Il n’est plus question, de grâce peut-être.

Résider sur la terre ne m’est pas suffisant. 

Je vole dans le vent comme une feuille qui t’attend qui tombe

A t’écrire en transparence.

En vol. J’ai retrouvé la trace. Je l’ai suivie du doigt, j’ai respiré son âge. Amusée de ce jeu avec Toi, l’être s’est avancé au devant de moi comme un nuage. De formes opalines, de flanelles engelées dans la surdité de mon regard. 

Je suis passée à côté de toi sans me reconnaître. 

Sang blanc oui mais la peur. 

La terreur d’être trouvée, d’être punie pour mon offense. De cet amour si lourd qu’il n’est plus suffisant.

Nous nous sommes épargnés cela. Mis de côté. Très cher alors, dès lors je me retire de mon huis-clos. Seule à tes pieds, j’en tends ta main qui me regarde.

Lève-moi. Élève mon âme au dessus du sol. Là. Déterre le mort. Incarne-moi. 

Je t’ouïs mieux à présent.

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L’amant

Poèmes qui tombent du jour

Car.

Un jour j’ai décidé de ne plus jamais laisser s’échapper un mot, un dire.

D’appuyer ma présence sur ce bout de terre, agrippée des orteils pour équilibrer la tension de ma croupe en partance. Pour. Partir plus vite parce que je suis déjà revenue. Morte peut-être, je ne sais plus.

Et c’est ici que le rêve commence, l’œil pourtant demi-clos, ne sachant, ne voulant que cette lumière le dise. La nuit nous ensemence.

Je le regarde encore à côté. Je me souviens et j’aime me taire.

Que.

Parfois, il déposait son corps dans d’autres draps, ailleurs, sans jamais rester là, comme une plume sur l’épaisseur d’un ciment rouge de soleil et de temps.

Déposé en lui, tout entier recourbé sur son être, le corps comme armure, qui défie l’insolence du réel. Le poids est si léger que je peux l’écouter de ma chair. 

Il y a urgence à dire. Que le serrer contre moi m’arrache à la nuit, me dépossède de toutes mes certitudes et accomplit dans mon âme une équation compacte. 

L’instant précis devient quand il se brise, je suis de mon museau sa trace, je regarde l’horloge et je m’écrie au ciel qu’il cesse de tourmenter nos larmes.

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Nécessité devant

Poèmes qui tombent du jour

Ne laisse pas filer les mots

Ils existent aujourd’hui dans une lumière nouvelle, ils ne seront demain que la coquille d’abîme que ton coeur imprimé n’aura pas su garder.

Cherche en chacun des traits ce qui peut faire esquisse, d’apparition soudaine en forme de douceur.

Douceur pour celui-là qui vit à leur côté, ignorant bienheureux de leur éphémère rire.

Ne laisse pas filer les mots, ceux qui naissent en secret sans y être invités, qui se bousculent en fronde, d’un pas désespéré.

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Il existe

Poèmes qui tombent du jour

Il existe ma mère

Je l’ai élevé pour toi

Je l’ai voulu beau pour toi

Je lui ai parfois fait du mal

Mère!

Comme il se cache. Il sait.

Il joue avec le vent.

Ivre d’amour, je le retrouve souvent attablé au festin de la douleur.

Il aime à s’y répandre, repu, repenti.

Le sourire en moustache. L’oeil lointain.

Il me parle de toi, avant l’aube. Toujours d’un ton criard

Fauve abasourdi.

Pauvre.

Capricieux.

Je l’aime. Je ne sais pas.

La question.

Lui, le trouvailleur

A moi, le labeur.

Circonscrite.

J’aurais pu, à genoux.

Et l’autre. 

Oui l’autre là. L’être.

Comme il lui ressemble

Il est né dans le désert mais ses pas l’ont guidé.

Rapide. Sibyllin.

Le regard neuf. 

Intrépide, assoiffé.

Je l’aime. Je sais. 

IL est là.

Il existe ma mère.

Je l’ai protégé pour toi.

Je l’ai voulu bon pour toi.

L’aurais-je blessé un jour?

Mère!

Il sait. 

Il joue avec le temps.

Il joue avec ce qu’il a fallu taire

Pour te plaire.

Terre pour exister. Hanter et recouvrir.

Maintenant.

Ils sont là tous les deux.

Moi? Je regarde.

Je souris, je les laisse s’amuser avec autant

Autant ma mère je m’émerveille

Comme des enfants

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Madame en rêve

Poèmes qui tombent du jour


Que la musique m’inonde.
Que la musique inonde les rues et dépose sa couverture d’exil sur tous les lieux communs.

Qu’elle taise tout le bruit qui me pique les yeux. Que Paris soit son esclave, symphonie d’hirondelles et de lumières opaques.
Couvre encore mon sort.
Epaissit les fluides.

Je sens une guerre plus folle encore poindre derrière leur sourire.

Même au bout de la nuit, il n’y a rien pour eux.

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Le festin

Poèmes qui tombent du jour

Tu tr’encontres?

Des couleurs, des images, des phonèmes, des floraisons d’aurore, des flanelles de sève bleue, des thermes déchiffrées, d’encore Romains sous les strates, de paisibles demeures où nul n’a plus été, découvertes alanguies à l’ombre de nos pas. 

Et des rires d’enfants pour amuser l’espace, entreprendre l’élan, décloisonner les temps, 

Conjuguer nos mutuelles syntaxes, archétypes de nos traces 

Absentisés d’angoisses, mots devenus inconnus des lexiques de nos langues pareils à des miroirs, rafraichis d’un cœur pur.

T’attendre.

T’attendre m’a ravie à l’immensité rêvée.

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Feaver

Poèmes qui tombent du jour

L’homme et la femme marchaient dans la brume de l’aurore

Lointains, leurs pas comme des adresses 

Solaires, sous les trembles d’été

Elle, tenait son bras qui lui soutenait le corps

Il, gardait sa main avec le poing serré

Chacun à son destin que le désir empresse

Ce que je sais c’est qu’ils allaient

Je ne saurais vous dire s’ils arrivaient ou partaient

Sur le souffle des feuilles

Leur image m’est encore trop sonore

Leurs visages et leurs actes m’étaient indéchiffrables

Mais ils parlaient là où la vie s’instaure

A bas bruit, comme on parle aux nuages

Ce que je sais c’est qu’ils s’avançaient 

Par vagues et revenaient en forêt

Ils soufflaient sur des vœux, défrichaient les sentiers

Hors d’âge

Très tôt, se séparaient, par foulées et repartaient, larvés

Vers la ville affolée

Dans ses pièces sombres, sans partage; ils se tenaient

Ils se tenaient là où se meurent d’envie et la mer et le sable

Ce que je sais c’est qu’ils se languissaient

Ils pleuraient doucement juste après les orages

Cherchant à se cacher des foudres et des loups

Nus, seuls, fragiles

Plongeant dans la forêt trouée par les éclairs

Ils se tenaient blottis à leurs corps malhabiles

Ils achevaient leurs rêves, commettaient des impairs

Ce que je sais d’eux c’est qu’ils disparaissaient

La femme rêvait de lui 

Ne sachant ni le dire ni le faire

Eve évanouie, sirène muette

Qui ne connaît son nom ne sait plus que se taire

Quand son heure fut venue un seul a pris l’appel

Qu’elle ait tout entendu la garde irrésolue

Que ces mots aient un lieu me consolent certains jours

Ce que je sais d’elle c’est qu’elle était adage 

L’homme parlait l’oiseau, savait la langue d’amour, ne cherchait pas demeure 

Il venait de fort loin, portait des bas de soie, sautillant dans la joie à l’ombre des pleureurs 

Il dansait sur les crêtes

Acrobate immobile au dessus du volcan

Il attendait son sort, il rêvait tout contre elle

Ce que je sais de lui c’est qu’il avait un gage

Saturant mon regard, inondant ma mémoire

Mes yeux salés n’ont pas pu tout garder de leur histoire

Éternellement à présent ils allaient dans ce bonheur sans âge

Sans repos murmure le Poète

En morceaux de mille feux appelant sans détresse

Le temps evanescent disparaissant sans cesse

Disparaissant longtemps

Voilà ce que je sais

Ce que je sais d’eux c’est qu’ils s’aimaient

Mais, la mort sait reprendre sa mise

Et laisse à consoler les amants éperdus

Cela je le sais

Imperdu

Je le sais car

Je suis l’enfant qui n’est pas né

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Etre quelque part

Poèmes qui tombent du jour

Dans quelques minutes, un jour, je mourrai.

Quelques minutes après ce jour, pleine d’une lumière grave, je partirai. Je ne serai plus, plus personne ne saura mon nom, j’aurais disparu. 

Dans l’instant lent et calme qui aura pris ma joie, arrachée à tous les phares de la nuit, j’aurai tout perdu. 

Dans quelques minutes. 

Attends.

Pas encore. 

Surprise à ce lieu feu de l’autre, j’entreprends de défroisser une ancienne peine et d’y écrire un mot. 

Nouveau. 

Attends.

Je l’écris.

Vois.

C’est alors que je rencontrerai ton œil. Presque forclos, mi-dit, millionnaire.

Et peut être, alors donc, que depuis ton œil, et à l’instant précis de la chute, celle qui entame la dernière minute, quelque chose de moi sera capté de toi.

J’aurai rejoint le livre, serai toute dissolue dans l’encre vernaculaire.

Et tout à ta lecture de moi, à ton festin scopique, je serai lue de toi, j’aurais atteint le reflet de ton oeil. 

Je serai vue. 

Toi, tu Retrouveras les remèdes de l’enfance.

Moi, j’aurai tourné la page.

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L’entame

Poèmes qui tombent du jour

Lente âme, possible demeure intranquille

Défilant le cours plein du torrent de mes failles 

Défait son corset de muraille et tombe à mon genou, preste, revenant d’un passé harassé, se tordant, se pâmant d’un amour ineffable, cueilli précisément d’un verger assoiffé, traversant le regard.

Lente âme, découverte à la hache de l’ardeur comme l’ombre découpe la rage.

Immensément se perd dans l’affable incendie.

À présent voilà que je m’entame vers mon ancien départ, la poitrine inversée se pose et repose devant le tombeau parleur qui sonne sur mon cœur, hélas, plus personne ne répond, l’oreille rit sur l’or mort. 

Ici, quiconque prend l’appel disparaît aussitôt. 

Du corps noir qui pâlit sous la lointaine fureur, l’odeur rance revient sur mon âme, la scène obscène se défait sur le rideau parfait de jaune abasourdi et déchire ma poitrine en son exact milieu.

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Légère chute

Poèmes qui tombent du jour

Et te disparaissant je tombe, ma main ne rejoint plus la tienne, ton visage devient loin, imprécis, combien faudra-t-il que je tienne ? 

Quel écart mon corps doit-il au long chemin noir de la séparation, mienne ce jour neuf et droit ? ‌

Quel délicieux délire m’a confinée au bord du tout pouvoir avoir ? 

Un à un, je graverai un à un les mots sur ce silence, qu’ils deviennent des ancrages pour l’empreinte de mon être. 

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Liminaire

Poèmes qui tombent du jour

De l’unique clôture

Reste l’enveloppe de l’oeuf

De la première cassure surgit telle, inédite

L’autre partie du monde.

L’ Autre parti du monde 

Du sol clandestin qu’un regard seul atteint

Sur le seuil endurci tranchant de l’ouverture

La limite engloutie dans une longue faim de  joie

Brise l’incertitude au bord de cet ailleurs 

Seul devant soi s’avance le monde 

Le premier né crie et regarde 

L’autre se tait et s’arme 

Seule l’enveloppe demeure 

Avec la chance 

Qui avance et qui gronde

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Poème caniculaire

Poèmes qui tombent du jour

La pomme qui ne tombe pas de l’arbre abrasé par le feu

soulève de l’intérieur de mon ventre un long chagrin

autour les feuilles déjà ne sont plus que la trace sonore du bruit sec où se brise le virtuel

d’un feuillage liquide qui disparaît sur le fer rouge et vorace du grillage incendié

se meurt

l’oiseau transitionnel

Soleil fou qui déroge au réel

délocalise le lieu la place, abolit le temps et bannit mon être de l’espace.

quelque chose ici bas ne fait pas qu’affleurer, ça transperce.

là, l’air brûle l’enveloppe de l’oeil se fane

un peu plus loin encore, la terre parle

mon semblable porte son malaise sur la tête comme on sauverait une âme

l’oiseau se presse et s’abîme dans l’air cuit

un papillon glisse flavescent de la fleur et chavire dans l’amer

Son petit corps raidi bouleverse l’ordre de mon cœur, claquant tombant au goudron affamé. 

Ici, nul chien n’adore plus son maître. 

nos amis mots vacillent dans la langueur des corps, lâches, ramassés en forfaits

je vais sans secours dans le lieu où l’ennui s’est tu où a brûlé l’envie

que la pomme ne tombe pas solde le jour d’un sort

de la pièce fraîche derrière la vitre claire

quelque chose cloche

quelque chose semble mort 

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En ville

Poèmes qui tombent du jour

En ville, on rencontre parfois certains humains rendus à l’ordre naturel, hirsutes abasourdis, le vêtement ample qui couvre tout le mal qui les a dispersés.

Ils sont là, balançants, sidérés d’avoir vu, titubant à attendre ne sachant plus qui, et depuis si longtemps qu’on les confond avec le gris silencieux des rues, avec les troncs secs des arbres.

Invisibles aux passants, ne le sont jamais à mon coeur voyant.

Quand ils viennent vous saluer, on croirait qu’ils bondissent

Ils doivent être assoiffés par l’intranquillité, briguant un geste, cherchant un regard sûr chez celui qui s’enfuit

Pour eux, les lieux s’inversent, ils tournent devant leur cage, le nez par terre, ils tournent devant leur cage qu’ils gardent bien à l’oeil de peur qu’elle ne leur serve.

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Deux biches dans la nuit

Poèmes qui tombent du jour

J’allais dans la tourmente quand vous m’êtes apparues, vous, deux petites biches, deux petites billes de grâce, deux trous noirs éblouis par ma nuit.

L’une au milieu de mon champ, attendant l’autre qui hésitait têtue sur le bas-côté, mes pieds à cet instant bondissant sur les freins, c’est avec ma poitrine que se finit le geste et s’est inscrit la trace. 

Pendant que mon coeur monte vers le ciel chargé de feu, vous en estompez l’ombre. 

A vos côtés, soudain, les mots tombent sur les choses.

Vos beautés m’ont serrée, m’ont surprise et ravie à la mort qui s’impatiente.

J’allais dans ma tourmente quand la vie à bondi devant mon horizon, aveugle auparavant.

C’est le noir qui entoure vos corps qui m’a recomposé. 

Qui sait si mon visage apparaissait ainsi dans la nuit sarcophage ce qu’il délivrerait.

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Le trouvailleur

Poèmes qui tombent du jour

Aujourd’hui,
J’ai découvert la joie sur le chemin d’un sourire.
Reflet dans mon oeil. Amerrissage immédiat.
Ceux qui sèment
Ne peuvent sonder aussitôt l’épaisseur de leur acte.
Pour nous, la question.
La question fonde le monde.
Nous sommes les trouvailleurs,
Le cheveu sauvage et le geste empressé.
Pour nous, le temps se trace,
N’a presque plus d’importance,
Le vécu, seul se signe de sa présence.

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